En lisant La Richesse des Nations

Ecrit en 1776, juste avant la révolution industrielle en Angleterre et en même année que l’Indépendance américaine,  La Richesse des Nations est l’ouvrage le plus important de Adam Smith. Ses lumières ont été très importantes sur la capitalisation et le développement de la Grande Bretagne, mais aussi ont contribué à la prospérité des Etats-Unis. Outre le fondement inépuisable macro comme micro sur l’économie moderne, l’étude de ce livre mérite bien des réflexes sur le développement actuel de la Chine, où Le Capital de Karl Marx ne fait plus mode.

Les dépenses productives et les dépenses improductives : le cumul de la richesse d’un pays

Selon Smith, la partie du capital que l’homme emploie pour assurer la subsistance de sa main-d’œuvre productive, ce qui lui reviendra accrue d’un profit, constitue des dépenses productives ; et la partie qu’il emploie pour assurer la substance de travailleurs improductifs, est économiquement en quelque sorte une partie perdue et donc constitue des dépenses improductives. Il entend par les travailleurs improductifs tous ceux dont le métier n’ajoute pas de valeur au monde économique, tels que les domestiques, gens d’Eglise, hommes de loi, médecins, gens de lettres de toute espèce (c’est impressionnant de voir qu’il se classe dans cette catégorie), comédiens, saltimbanques, musiciens, chanteurs et danseurs d’opéra, etc. Bref, selon ma compréhension, des professions qui ne font que consommer le capital de l’homme et qui en même temps n’a pas d’utilité économique.

Quand le très grand Smith a écrit cela il y a près de 300 ans, il avait sans doute raison : le capitalisme n’était qu’à son enfance, et pour s’enrichir et enrichir les nations, il faut avant tout travailler industrieusement (et il faut toujours encourager cet esprit) et faire de l’épargne, mais la sagesse est dans le fait d’investir le plus possible son résultat dans la survie de l’activité économique. Ceci me rappelle un principe en entreprenariat : le fonds propre pour une entreprise est comme le poids pour un enfant, il ne doit être qu’augmenté, à tout moment de sa vie.

Bien sûre, les temps ont changé, les métiers aussi, ce qu’il entendait par dépenses improductives est aujourd’hui primordial dans notre vie économique. En effet, après l’agriculture et l’industrie, la société moderne a fait de tous ces services et arts l’industrie tertiaire, qui dans à peu près tous les pays développés du monde une place plus importante même de l’économie. Les acteurs, les danseurs, les musiciens sont devenus les incontournables de Showbiz, et les produits audiovisuels sont les deuxièmes produits les plus exportés par les USA après les armes; les avocats et notaires voient agrément leur statut social bien plus élevé qu’antan. Dans les écoles de management, on enseigne la différenciation en offrant des services comme valeurs ajoutées…Il faut tout de même noter que comme c’est devenu un business, le principe de Smith « investir son résultat dans son activité » s’applique également à l’industrie tertiaire.

Lorsque Smith parle de prodigalité et de l’épargne, il voit la première comme passager et occasionnel, alors que l’épargne provient du désir d’améliorer notre condition de vie : désir qui, bien que généralement calme et sans passion, naît avec nous dans le sein naturel et ne nous quitte que dans la tombe. L’épargne que Smith encourage montre son côté positif : tout homme frugal comme un bienfaiteur de tous, et l’épargne, une qualité innée de l’homme, est un des facteurs clés de la richesse et le revenu d’un pays.

Cette positivité mérite bien d’être méditée longtemps par la Chine d’aujourd’hui. La Richesse des Nations fut traduit en chinois pour la première fois en 1900 et a été tout de suite considéré comme un chef-d’œuvre important pour le développement économique. Cependant, il a fallu attendre 78 ans pour que DENG Xiaoping libère le marché et débuté ainsi un vrai développement dans le vrai sens du terme. Oui, la Chine est restée trop longtemps dans l’état stationnaire que Smith décrit. Le développement depuis 25 ans à sortir de la pauvreté plus de 400 millions de Chinois, ce miracle constitue en quelques sortes un état de prospérité pour Smith. Il y a vingt ans ma famille ne savait même pas ce que c’est un téléviseur…

Voilà, nous sommes bien au début du redressement d’un grand pays, et cette étape, les pays occidentaux tels que l’Angleterre ou les Etats-Unis ont franchie il y a trois cents ans.

Les Chinois d’aujourd’hui travaillent beaucoup, pas de vacances, peu de repos, tout le monde est tiré pour le désir d’améliorer sa condition de vie, ne jamais se contenter de ce qu’on a, et tout change très vite.

Mais en même temps, beaucoup d’entre nous ont oublié l’épargne, une des vertus traditionnelles de nos parents et nos grands-parents. Une soupe à plus de 18 mille euros, un plat à des centaines de milliers d’euros, une Bentley à un million d’euros, tous ces biens de luxe peu durables trouve très rapidement leur marché en Chine. Très soudainement, l’épargne n’est plus encouragée comme qualité, du moins dans les médias ; la consommation est stimulée partout, le gouvernement de ZHU Rongji a fait des semaines de 1 mai et 1 octobre deux semaines de vacances en Chine, on baisse les intérêts d’épargne, les pubs d’investissement des projets se voient partout. Certes, un capital qui se consomme vaut plus que l’argent qui dort dans les banques, et est nécessaire pour une économie moderne, mais les lumières de Smith nous montrent aussi que nos ancêtres avaient leur raison : en période de croissance, il faut avant tout faire de l’épargne, investir prudemment dans les projets qui créent de la valeur et qui génèrent la croissance. C’est vital pour devenir une grande puissance. Si consommer le faut, consommons avant tout les produits durables.

Les commerçants vus par Adam Smith et les philosophes chinois il y a 2300 ans : dessus les paysans ?

Dans le chapitre « De la marche différente des progrès de l’opulence chez différentes nations », Smith considère que le commerce a mis terme à la société féodale : les seigneurs ne se contentent plus d’investir en grand public, les produits très chers de luxe qui ne satisfaisaient que leur vanité ont attiré leur intérêt et leur fortune, perdant ainsi leur légitimité et leur pouvoir de gouverner un peuple local. Les commerçants ont contribué, selon lui, à un progrès important de notre société, mais il ne les voit pas pour autant d’un bon œil : un, ce n’est pas leur volonté originale ; deux, les commerçants sont les plus infidèles, leur richesse est facile à transporter, et en cas de troubles sociaux ou de guerres, ces gens-là n’hésite jamais à aller l’étranger, faisant perdre ainsi la richesse de la nation.

Les philosophes chinois ont été pendant très longtemps de ce point de vue. Dans leurs pensées socio-économiques, il y a bien une distinction du « premier » du « dernier », le premier est l’agriculture, et le dernier le commerce, la raison de distinction est que l’agriculture produit, crée de la valeur, et le commerce ne fait qu’échanger. Avant de pouvoir échanger, il faut produire. La Chine est restée pendant longtemps un pays agricole, et l’agriculture a été la forme principale de production, donc pendant toute l’histoire chinoise, les théories économiques et les politiques ont toujours tenté de prioriser le premier tout en marginalisant le dernier. Les commerçants étaient donc sous considérés : parmi les 4 classes de la société, le seigneur, l’agriculteur, l’artisan, et le commerçant, le commerçant occupe bien la dernière place. En Chine, le seigneur e
t l’agriculteur ont été pendant très longtemps des métiers glorieux et nobles.

Au 3e siècle avant J.C., est apparu un ouvrage regroupant les pensées chinoises des différentes écoles de l’époque, Lv Shi Chun Qiu, dans lequel un chapitre porte le titre « Dessus les paysans » (Shang Nong, qui veut dire accorder un statut élevé aux agriculteurs si vous voulez). Dans cet article, on a comparé les deux modes de vie possibles : les premiers qui sont les agriculteurs, les derniers qui sont les commerçants. Les agriculteurs sont candides, donc ils sont toujours à la disposition de leur seigneur ; ils sont naïfs comme les enfants, donc ils ne sont pas égoïstes. Leurs biens sont assez complexes et difficiles à transporter, donc même quand le pays est en difficulté, ils ne cherchent pas à fuir en abandonnant leur maison. Par contre, les commerçants sont de mauvaise nature, donc ils n’obéissent pas ; ils sont très rusés et malins, donc très égoïstes. Leurs biens sont simples et faciles à transporter, donc quand le pays est en difficulté, ils sont les premiers à s’en fuir et abandonner leur maison. La conclusion s’en sort par conséquence que non seulement l’agriculture est plus importante que le commerce pour l’économie, mais le fait de pratiquer l’agriculture est plus noble en mode de vie que d’être commerçant, d’où la pensée « Dessus les paysans ». L’auteur de cet article voit que la mode de vie est restreinte par son background économique ; son opinion et jugement sur l’agriculture montre également que lui-même est soumis à la contrainte du background économique de son époque.

D’ailleurs, cette observation est l’origine des deux tendances philosophiques chinoises qui sont le taoïsme et le confucianisme. Ils sont deux différentes axes, et ils sont les deux bouts de la même axe : les deux expriment leur faveur et inspiration sur l’agriculture, ce qui est différent, c’est leur forme d’expression.

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2 Responses to En lisant La Richesse des Nations

  1. oz says:

    楼主的法语是自学的吗?

  2. admin says:

    抱歉不是哦,我大学专门学过

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